• Christophe De Beukelaer

Et si cette crise, représentait les prémices d'un monde meilleur?

Mis à jour : mars 23

Discours au Parlement Francophone Bruxellois - Plénière sur le COVID-19




Chers collègues, Ce matin nous votons les pouvoirs spéciaux avec conviction pour que vous, collègues des gouvernements de ce pays, puissiez gérer l’urgence sanitaire, et par vos décisions, sauver des vies et atténuer la souffrance sociale liée à la crise économique qui est déjà là, et la crise monétaire qui arrivera.

Personnel soignant et médical au sens large, techniciennes et techniciens, brancardiers, nettoyeuses et nettoyeurs des hôpitaux, éboueurs, vous qui travaillez dans l’alimentaire, vous tous qui bosser d’arrache-pied pendant que nous levons le pied, forcés. Du fond du coeur merci. Ces pouvoirs spéciaux on les vote pour vous, pour que vous soyez soutenus à la hauteur de votre dévouement exceptionnel. Mais attention. Attention. Il faut bien nous comprendre, chers collègues, Ça ne veut pas dire: des pouvoirs spéciaux pour le plus vite possible, nous ramener en arrière. Ça ne veut pas dire: des pouvoirs spéciaux pour le plus vite possible, retomber dans nos travers. Au milieu de la souffrance et du chaos, de l’incertitude et des inquiétudes, Qui osera dire : « Les applaudissements de solidarité d’hier soir 20H m’ont émus aux larmes », ou encore : « Le calme dans les rues et l’air propre qu’on respire depuis quelques jours me font du bien », ou encore :« J’appelle ma grand-mère tous les jours, ça fait longtemps que je ne m’étais plus autant intéressé à elle. » « Rien ne nous est donné pour nous écraser » dit Christiane Singer, une auteur qui m’a bouleversé. On a à apprendre de cette crise. Et pas uniquement qu’un stock de masques suffisant est indispensable ou que 9 Ministres de la santé, ce n’est tout de même pas le plus efficace. Non, ce serait trop court. Cette crise nous apprend aussi deux choses fondamentales:

D’abord, que quand nous sommes séparés, nos vies sont moins bonnes. La solidarité. Et je pense spécialement aux plus fragiles d’entre nous qui n’ont plus aussi facilement accès à l’aide dont ils ont besoin.


Et puis, plus subtil, qu'il faut se défaire un peu du monde extérieur, pour re-découvrir la richesse de notre monde intérieur. Aujourd’hui, nous votons les pouvoirs spéciaux pour que les gouvernements puissent parer à l’urgence, oui. Mais pas pour que demain, nous recommencions comme si de rien était. Va-t-on réellement, lundi 6 avril, sauter dans nos voitures à 7H du matin pour s’enfoncer dans les embouteillages de Grand-Bigard? Ou changerons-nous notre conception du travail et de la mobilité? Va-t-on vraiment injecter des milliards dans un système financier malade, et relancer sa course folle vers le mur? Ou va-t-on remettre fondamentalement en question notre gouvernance financière? Va-t-on vraiment laisser des pays voisins avec des systèmes de soins de santé à la dérive? Ou osera-t-on rêver d’une couverture européenne de sécurité sociale et de soins de santé? Va-t-on relancer la consommation de biens produits au bout du monde et l’impact écologique qui y est lié? Ou entendrons-nous, au cœur de ce tremblement de terre inédit et douloureux cette petite voix: « Rien ne nous est donné pour nous écraser » Chers collègues des gouvernements de ce pays, j’ai confiance que vous utiliser ces pouvoirs spéciaux de manière juste pour gérer l’urgence. Mais de grâce, ne nous ramenez pas à la case départ, appuyez-vous plutôt sur cette crise pour construire les prémices d'un monde meilleur. Je vous remercie, vous avez notre confiance

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